Erasmus des religions

Billet

L’Union Européenne a instauré un programme d’échanges mondial sur la religion dans la société. Il s’agirait de tirer part du rôle positif de la religion pour favoriser l’inclusion sociale !

Ce projet a été lancé par Frédérica Mogherini passée Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité en septembre 2019.

Le projet appelé « plate-forme d’échanges de l’UE sur la religion et l’inclusion sociale » a été rebaptisé Erasmus des religions par sa créatrice visiblement très inspirée. Ce projet affiche comme objectif : « favoriser les exemples de coexistence entre les peuples de différentes religions dans des sociétés plurielles ».

Un vaste réseau capable de rassembler tous les acteurs mettant la religion au cœur de leur action afin de permettre à ceux qui travaillent sur les thèmes de la foi et de l’inclusion sociale de se rencontrer. Permettre aux membres d’ONG, de communautés religieuses ou institutionnelles, de gouvernements même, de mettre leur savoir en commun, d’échanger les bonnes pratiques et les idées, pour être aussi présents et entendus que possible.

Cette annonce a l’avantage de faire apparaître au grand jour ce qui était jusqu’ici disséminé partout mais vraiment assumé nulle part dans le discours européen à savoir la Doctrine sociale de l’Eglise. Ce serait en quelque sorte son versant officiel. Les travailleurs sociaux se revendiquant de principes religieux prônent la charité pas la justice. Il faut favoriser le « vivre ensemble », riches et pauvres pour la paix.

On cherche à travers cet Erasmus des religions à nous imposer la religion comme vecteur unique de coexistence. Chacun peut en conclure, nonobstant les dénégations de la Commission, que les organisations qui travaillent sur l’inclusion sociale sans se réclamer d’une foi ou en affichant leur laïcité seront exclues.

C’est oublier que la religion est largement minoritaire en Europe et que la majorité des citoyen(ne)s est incroyante, indécise, non intéressée. Les institutions européennes prêchent pour un retour du religieux tant il est vrai que l’UE est vaticane dans ses fondements. Il s’agit en clair d’une attaque en règle contre la laïcité, dont le principe est d’abord de séparer la sphère publique et politique de la sphère privée.

1,5 millions d’euros sont alloués à ce programme qui permettra aux cléricaux d’imposer leurs vues et leurs dogmes à l’heure où les finances européennes, déstabilisées par le Brexit, entrent dans une zone de turbulence.

Rappelons-nous des discussions sur le projet de constitution européenne dans lequel certain(e)s voulaient inscrire « les racines chrétiennes de l’Europe ». Et Bruxelles vient encore de donner un exemple de cette façon implicite de rejeter les religions et les personnes « venues d’ailleurs ». La nouvelle commission européenne, présidée par l’Allemande Ursula Von der Leyen, compte de nombreux portefeuilles. Cette année, certains ont un intitulé curieux : on trouve par exemple un commissaire en charge de la « démocratie et démographie ». Mais le plus curieux et surtout le plus hypocrite est le portefeuille du commissaire chargé de la « protection/promotion de notre mode de vie européen ». Il est facile de comprendre ce qui sera « bien de chez nous » aux yeux de la commission !

L’article 17 du Traité de Fonctionnement de l’Union européenne, quelles que soient les réserves que l’on peut formuler à son égard, impose aux institutions européennes un dialogue régulier et transparent avec « les églises et les organisations philosophiques et non confessionnelles ». Or, dans les faits, ce dialogue est très largement déséquilibré. Ni la Commission européenne, ni le Parlement ne respectent la neutralité et l’égalité de traitement qui leur incombe, la priorité étant systématiquement donnée aux représentants des églises. Ce genre d’hypocrisie est d’autant plus dangereux qu’il amène bien souvent à valoriser une religion particulière au détriment des autres et a fortiori de l’athéisme/agnosticisme, option spirituelle majoritaire en France. Or la Commission est garante de l’application de la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne qui garantit « la liberté de pensée, de conscience et de religion ». Elle doit pour cela, s’abstenir de faire la promotion de croyances ou de convictions particulières ou de les financer. Les contribuables européens n’ont pas à financer les religions !

En somme, l’Union européenne considère avec cet Erasmus des religions que questions sociales et religions doivent aller de pair. Lutter contre la pauvreté ne serait pas une affaire politique mais une question religieuse. C’est aberrant et inacceptable. Sous couvert d’œuvrer à la « coexistence des religions », cette initiative vise à en accroître l’emprise sur la société alors qu’il faudrait au contraire s’assurer que les religions ne viennent pas coloniser la sphère publique.

Le Cercle Ernest Renan d’études critiques des religions condamne au nom du principe de laïcité cette intrusion des religions comme lobby actif dans le fonctionnement de l’UE et appelle à la vigilance des citoyen(ne)s contre cette mise sous influence d’une institution par construction peu démocratique.

Pierre Boutry

2 réflexions sur « Erasmus des religions »

  1. Athée (au sens classique) et de culture non chrétienne, mon point de vue ne peut pas être neutre.

    J’approuve votre analyse.

    J’ajoute qu’il faudrait bien qu’un jour soit dénoncée la sournoiserie de catholicistes islamophobes primaires qui, sous couvert de laïcité, poussent des cris d’effraie en voyant un morceau de tissu sur les cheveux d’une femme. Ils ignorent que cette coutume provient du code d’Hammurabi qui l’imposait, dans l’espace public, aux femmes mariées. Cette coutume s’est répandue chez la plupart des peuples du bassin méditerranéen. Je me souviens de ce que l’historienne rapportant cela précisait que le code interdisait le port de ce foulard aux prostituées, preuve qu’il s’agissait d’un signe de respectabilité.

    Les européens ont adopté, comme signe d’union maritale, un anneau sur le quatrième doigt de la main gauche (d’origne romaine, je crois). Combien de spécimens masculins de nos sociétés occidentales se soucient de contrôler ce signe lorsqu’ils abordent une femme qui leur plaît ? Et, parmi ceux qui le remarquent, combien en tiennent compte ?

    Je constate que la présente pandémie de coronavirus aura réussi à imposer un voile cachant le bas du visage, non seulement à des roumis féminins, mais aussi à des roumis masculins.

    Si Alla existe,
    si Alla a créé le COVID-19,
    alors Alla est un excellent biologiste.

  2. On écrit Allah et non Alla. Le h est important car il témoigne que Allah est l’avatar d’un très ancien dieu Lune Ah ou Yah ayant son origine à la fin de l’âge du bronze en Syrie-Palestine et importé en Égypte par des pharaons “asiatiques” à la fin de la 17e dynastie, qui en avaient fait leur dieu dynastique. A partir de la 18e dynastie, il faut assimilé au grand dieu égyptien Thot, lui aussi de caractère lunaire.
    Pour en savoir plus, voir :
    http://cercleernestrenan.com/wp-content/uploads/2019/09/Cahier-Renan-N%C2%B0-11-en-doc.pdf

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