Résumé de la conférence de Françoise Hildesheimer au Cercle Ernest Renan le 13 avril 2023 — L’Abbé Grégoire

pierre Christianisme, Comptes Rendus juillet 28, 2025

L’abbé Grégoire (1750-1831) est un prêtre catholique originaire de Lorraine qui a joué un rôle important durant la Révolution française. Il a fait ses études au collège de Jésuites puis au séminaire de Nancy et il est ensuite devenu curé de campagne.

C’est un curé des lumières qui sera élu député du clergé aux Etats Généraux de 1789 et qui siègera sur le banc de la “Montagne”.

 

Malgré une importante littérature le concernant, il n’existait à ce jour aucune biographie complète relative à l’abbé Grégoire qui se positionne à l’intersection entre l’histoire de l’église de France et celle de la Révolution. L’abbé Grégoire reste une figure insaisissable et fortement contestée.

Rita Hermon-Belot dans “L’abbé Grégoire, la politique et la vérité” dira de lui qu’il voulait faire tenir ensemble ce qui est séparé : attitude chrétienne, fraternité, révolution, …

Alyssa Goldstein dans “L’abbé Grégoire et la Révolution française” rappelle que l’abbé Grégoire avait pour ambition de « régénérer » les groupes humains (juifs, pays, personnes de couleur, …) pour permettre leur intégration dans une société fraternelle et égalitaire.

Dans ses mémoires, L’abbé Grégoire défend sa conduite “rectiligne” en se présentant comme un “bloc de granit”. Pourtant, sa personnalité est complexe et il a brouillé les pistes dans ses mémoires quant à ses actions et à ses idées. Il est dès-lors, difficile de faire une synthèse du personnage.

 

Un prêtre révolutionnaire

 

Il existe une “rue de l’abbé Grégoire” dans presque toutes les villes françaises. Sa figure est omniprésente au début de la révolution de 1789 et il sera un des premiers secrétaires élus de l’Assemblée. Il est proche de Robespierre, mais il échappe à l’hécatombe de la terreur.

L’abbé Grégoire va contribuer à la rédaction de la constitution civile du clergé. Il défend en même temps un idéal religieux (il restera toute sa vie un fervent catholique) et révolutionnaire. Contrairement à nombre de ses contemporains, il ne voit aucune contradiction à cela et il rejoint ainsi l’église constitutionnelle jusqu’à devenir évêque de Blois.

 

En tant que membre de l’Assemblée, il défend les juifs et les gens de couleur. Il n’obtiendra cependant pas gain de cause concernant l’abolition de l’esclavage face à Barnave qui était le “lobbyiste” des planteurs des Antilles.

Il ne votera pas la mort du Roi, ni celle des Girondins et on ne peut lui reprocher aucune action “condamnable”. De fait, il sera très prudent dans son action politique et il se mettra en retrait durant la Terreur. Pour autant, l’abbé Grégoire est toujours resté foncièrement anti-monarchiste.

 

La personnalité de l’abbé Grégoire

 

L’abbé Grégoire est un idéaliste “honnête et naïf” qui défend les causes qui lui sont chères sans considération des réalités économiques ou politiques existantes.

Tocqueville dira d’ailleurs de lui que c’était un homme passionné par le bien public.

L’abbé Grégoire est un personnage sympathique, un idéaliste qui s’est heurté à la réalité. Il ne s’est jamais intéressé à la gestion de l’Etat et il est resté éloigné des “magouilles” et des intrigues politiques.

 

Il est un fervent adversaire de la peine de mort, mais il ne se rendra pas vraiment compte de la réalité de la Terreur.  Dans son “mémoire pour les gens de couleur”, il défend ce qu’il considère comme les intérêts de la Révolution et de l’Evangile sans considération pour les intérêts économiques de cette époque.

 

En raison de ses convictions religieuses, il est très hostile à la mise en place du calendrier républicain. Bien que son influence diminue progressivement, il ne renonce jamais à défendre ses idées.

 

L’abbé Grégoire a cru en Napoléon et a même essayé de redonner de l’activité à l’église constitutionnelle au début de l’Empire. Napoléon l’estimait (tout en le qualifiant de « tête de fer ») mais il préférera se tourner vers le Concordat pour assainir les relations avec Rome. L’abbé Grégoire restera prêtre et refusera de se renier, mais ne sera jamais officiellement réintégré dans l’épiscopat.

 

La disgrâce

 

Tout au long de sa vie, l’abbé Grégoire reste intéressé par tout ce qu’il rencontre. Et chaque fois qu’il y aura une cause à défendre, il s’en saisira. Après sa disgrâce, il est nommé par Napoléon au Conseil des 500, il devient membre du corps législatif et sénateur de l’Empire ce qui lui procure des revenus décents.

Sous la restauration, il restera en disgrâce mais ne sera pas accusé de régicide car il était représentant en mission de l’Assemblée lors du vote de la mort du Roi.

Il est élu à la Chambre en 1819, mais sera exclu par la suite.

Il continue à beaucoup écrire sur nombre de sujets très divers comme l’instruction publique, l’industrie, l’agriculture ou la botanique.

 

Certaines de ses idées restent néanmoins très contestables dans le contexte actuel comme son principe de “régénération” visant à inclure les juifs et les métis dans une république blanche et masculine au travers d’une conversion.

De même, son rapport aux femmes reste très marqué par une vision conservatrice. Il ira même jusqu’à demander qu’aucune main féminine ne touche son cadavre.

 

Les cendres de l’abbé Grégoire seront transférées au Panthéon en 1989 dans un contexte non consensuel puisque l’archevêque de Paris, monseigneur Lustiger, a refusé d’assister à la cérémonie.

 

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