Résumé de la conférence de Michel BENOÎT au Cercle Ernest Renan le 22 octobre 2026 ---Témoignage : “Une vie à la recherche de l’invisible” Introduction Michel Benoît est un ancien élève du prix Nobel Jacques Monod, docteur en pharmacie/biologie, docteur en théologie et ancien religieux bénédictin. Michel Benoît précise d'emblée la nature singulière de son intervention. Renonçant aux conférences savantes qu'il avait coutume de donner par le passé, exercice rendu difficile par son grand âge, une perte importante de vision et les séquelles d'un grave accident ayant altéré sa mémoire, il choisit de livrer un témoignage personnel. Ce propos constitue la synthèse de son ouvrage autobiographique “Une vie à la recherche de l'invisible”. Michel Benoît précise le statut philosophique et existentiel de son « expérience » : L'expérience en soi ne prouve rien : elle constitue un fait brut, un événement singulier. Ce qui a valeur probante n'est pas le fait lui-même, mais l'interprétation qui en est faite à la lumière d'une vie entière. L'expérience ne trompe pas : si elle n'a pas la rigueur d'une démonstration scientifique réplicable, elle s'impose à la conscience du sujet avec une authenticité irréductible. L'enfance et l'étincelle initiale Michel Benoît a grandi au sein d'une famille bourgeoise, totalement incroyante et non pratiquante. Il n'entend jamais parler de Dieu, de religion ni de Jésus. Parallèlement, le climat familial est lourd : ses parents se déchirent continuellement. S'il est logé, nourri, vêtu et scolarisé, il souffre d'un profond déficit d'affection et ne se sent pas aimé. À l'école laïque, les élèves sont un jour rassemblés dans une pièce sombre où l'on projette des diapositives au moyen d'une lanterne magique. Michel Benoît, qui doit avoir alors sept ans, voit apparaître sur le mur des images d’un homme arrêté de nuit, battu, passé à tabac, flagellé au sang, cloué sur une croix où il agonise au soleil. Alors que ses camarades de classe restent indifférents, il est bouleversé jusqu'au fond des tripes. Une phrase prononcée par l'animateur marque son esprit : « Tu vois cet homme, ce qu'il a souffert, c'est parce qu'il t'aime ». Pour ce jeune garçon en carence affective, la révélation qu'un être puisse l'aimer d'un tel amour est un choc inoubliable. Ce souvenir s'enfouit provisoirement dans son subconscient face aux difficultés matérielles. Ses parents finissent par se séparer, son père ruinant sa mère. Livré à lui-même et menacé de se retrouver à la rue, il est recueilli par sa tante maternelle. L'oncle décide de reprendre en main son éducation avec une rigueur de fer. Comprenant qu'il s'agit de son unique chance de salut social et intellectuel, Michel Benoît se plie volontairement à cette discipline exigeante. La formation scientifique et l'empreinte de Jacques Monod Étudiant en pharmacie, il s'oriente vers la recherche et suit en cycle doctoral les cours de Jacques Monod, qui vient d'isoler l'ARN de transfert (travaux qui lui vaudront le prix Nobel). Dans un amphithéâtre restreint d'une cinquantaine d'étudiants, Monod captive son auditoire en décortiquant les origines moléculaires de la vie, pointant métaphoriquement un atome d'hydrogène pour déclarer : « Messieurs, la vie commence là ». Remarqué par Monod lors d'un échange, Michel Benoît se voit proposer une place à l'Institut Pasteur à l'issue de son doctorat en pharmacie. Michel Benoît retient de Jacques Monod une formule fondamentale qui orientera l'ensemble de son parcours ultérieur : « On ne cherche pas pour trouver, mais pour remplacer une inquiétude par une autre qui pousse à aller plus loin. » Cette définition de la recherche comme inquiétude féconde et mouvement perpétuel fait écho, selon lui, à la théologie de saint Augustin. L'appel mystique et la double désillusion Alors que Michel Benoît est encore étudiant, le souvenir enfoui de l'homme crucifié ressurgit avec force dans sa conscience. Le jeune scientifique ressent le besoin impérieux de savoir qui est ce Jésus et qui est le Dieu dont il parle. Michel Benoît commence à dévorer les écrits des grands mystiques d'Orient et d'Occident : Origène, Saint Augustin, les cisterciens (Bernard de Clairvaux, Guillaume de Saint-Thierry, Isaac de l'Étoile), Jean de la Croix (qu'il juge parfois trop intellectuel) et surtout Sainte Thérèse d'Avila, qui deviendra son guide spirituel permanent, ainsi que le Curé d'Ars, Thérèse de Lisieux ou Yvonne-Aimée de Malestroit. Ces lectures le convainquent qu'il existe une réalité invisible au-delà des apparences sensibles. Poussé par une force intérieure, il effectue un séjour à l'abbaye bénédictine de La Pierre-qui-Vire, puis décide d'entrer au monastère de Saint-Benoît-sur-Loire afin d'y « apprendre Dieu ». Cet engagement durera une vingtaine d'années, jalonnées par deux déceptions majeures : La déception monastique : au lieu de lui enseigner la vie avec Dieu, l'institution lui apprend à devenir un « bon moine », c'est-à-dire à adopter des postures extérieures convenues, à respecter des coutumes formalistes et à réciter à toute allure, jour et nuit, des psaumes en latin sans jamais avoir le temps de méditer le texte. La déception théologique à Rome : après avoir prononcé ses vœux monastiques, il est envoyé à Rome pour y passer une maîtrise en théologie. Il découvre avec amertume que la théologie dogmatique n'est pas la « science de Dieu », mais un « discours sur Dieu » (theos-logos). Les discours des théologiens parlent de Dieu, mais Dieu ne parle pas dans les discours des théologiens. Ils parlent de lui à la troisième personne (« Lui »), le réduisant à un objet d'étude disséqué comme une molécule d'ARN, là où le chercheur aspirait à une relation directe de cœur à cœur (« Toi » - puis « Toi et moi »). Refusant d'abandonner sa quête, il entreprend seul une thèse de doctorat consacrée à la figure de Jésus. Au milieu des années 1970, il prend conscience de ce qui n'était pas admissible dans l'Église de l'époque : Jésus était juif. C’est un Juif qui parlait à des Juifs et non un Dieu à des chrétiens. Pour comprendre le maître de Nazareth, Michel Benoît estime nécessaire d'entrer dans la sensibilité juive. Résidant à Rome, il descend chaque semaine à la Grande Synagogue avec l'accord bienveillant du rabbin pour assister aux offices du Shabbat, cherchant à prier dans les formes liturgiques mêmes que Jésus avait connues. Il rédige son projet de thèse en quarante pages qu'il soumet au bureau de censure universitaire du Vatican. Trois semaines plus tard, le document lui est retourné sans explication, annoté à l'encre rouge de deux mots latins péremptoires : Non decet (« Ne convient pas » / « C'est indécent »). À cette époque, aborder Jésus sous l'angle de sa judéité historique était considéré comme inadmissible par l'institution. Le départ de l'Église Témoin de ce qu'il qualifie d’« effondrement de l'Église catholique » et du rejet de l'esprit du concile Vatican II par les milieux traditionnels du monastère, il constate l'impasse totale dans laquelle il se trouve. En colère devant ces années gâchées, il décide de quitter les ordres. S'estimant trompé par l'institution ecclésiale, l'ancien religieux fait le serment de vivre l'exact opposé de ses trois vœux :
Retiré dans une vie simple, dépouillé des prétentions du savoir théorique (« Aujourd’hui je ne sais plus rien »), Michel Benoît conclut son propos par une parole de Saint Grégoire de Nysse : « Aller de commencement en commencement vers des commencements sans fin ».
Lire plusÉlève de Jacques Monod, docteur en biologie et en théologie, ancien moine bénédictin, auteur de plusieurs ouvrages dont “Le secret du treizième apôtre”, Michel Benoît nous livrera son témoignage de vie. le jeudi 22 octobre 2026 à 18h précises à la Maison d’Auguste Comte 10 rue Monsieur-le-Prince 75006 (métro Odéon) Flyer-cercle Renan-22 octobre 2026
Lire plusRésumé de la conférence de François ODINET au Cercle Ernest Renan le 24 septembre 2026 “L’Église catholique est-elle en train de se réformer ? Enjeux de la synodalité” François Odinet est théologien et enseignant aux Facultés Loyola Paris. Sa conférence part d’une question importante pour l’Église catholique : celle-ci est-elle réellement en train de se réformer à travers la synodalité ? Pour lui, il est encore trop tôt pour parler d’une réforme achevée. Il préfère parler d’un processus de transformation et d’apprentissage, dont les conséquences pourraient apparaître plus clairement dans quelques décennies.
Lire plusLe CER reçoit François Odinet, théologien, enseignant aux Facultés Loyola Paris le jeudi 24 septembre 2026 Le thème de la conférence sera : "L'Église catholique est-elle en train de se réformer ? Enjeux de la synodalité" Flyer-cercle Renan-24 septembre 2026
Lire plusNotre passé président du Cercle Ernest Renan nous fait partager deux recensions de livres de pierre Gisel et de michel Maffesoli sur les ritualités nouvelles. Deux publications récentes nous laissent deviner des évolutions du monde occidental différentes de la continuité souvent postulée avec les grandes tendances de la modernité. Si l’on n’est pas obligé de suivre en tout les analyses qui sont les leurs, un théologien sociologue et un penseur sociologue prennent souvent le contre-pied d’un scénario que l’on croyait écrit d’avance. Le monde occidental de demain ne sera pas forcément celui que nous avions prédit.
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