sur le thème : « L’Église catholique face à la crise moderniste. Le drame d’une rupture épistémologique ».
Par Dominique Vibrac, ancien Président du Cercle Ernest Renan. Docteur en philosophie, historien.
attention : nouveau lieu pour cette conférence merci de consulter le flyer à la fin de cet article
La publication en 1902 d’un livre du prêtre et érudit français, Alfred Loisy (1957-1940), qui entend en fait réfuter les thèses du protestantisme libéral (Adolf von Harnack) , sous le titre « l’Evangile et l’Eglise » ouvre la voie à une crise intellectuelle déjà présente de façon latente en creusant l’écart entre le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi, crise qui frappe le catholicisme en son sein, et non seulement de l’extérieur. La Magistère romain se cabre alors face à elle et lui donne en réalité un contenu plus précis qu’il n’en a en réalité. Le modernisme est présenté par Pie X dans son encyclique « Pascendi » comme l' »égout collecteur de toutes les hérésies ».
En réalité, les enjeux sont entremêlés. En arrière-fond se trouvent deux mises en cause. La première celle d’une théologie scolastique, abstraite, et désincarnée. La seconde, celle d’une exégèse biblique ne prenant pas en compte la critique historique. Dans la foulée, les dogmes eux-mêmes que l’on prétend immuables se sont en réalité constitués peu à peu. Comme si la vérité elle-même avait une histoire. Le défi est considérable pour les intelligences catholiques.
Certains vont perdre la foi ou du moins évoluer vers une compréhension différente de celle-ci. D’autres vont tenter, par des voies variées, de sauver l’harmonie essentielle bien que non évidente entre foi et raison. Les esprits les plus audacieux entendent s’engager en revanche dans la voie d’une critique radicale des origines du christianisme historique y compris en contestant l’existence même d’un Jésus comme personnage historique (même différent de ce qu’enseignent les Evangiles).
Faute d’avoir pu être résolue, en raison de la crispation intégriste, mais aussi sans doute de l’ampleur d’une évolution intellectuelle pourtant nécessaire, l’Eglise voit en quelque sorte rebondir la crise moderniste. D’une part, après la Seconde Guerre Mondiale, alors que monte le courant de la « Nouvelle Théologie » marqué en réalité par la volonté d’annoncer la foi de façon plus existentielle mais aussi par une plongée dans les sources les plus authentiques (en particulier bibliques et patristiques). D’autre part, à partir des années soixante, lorsque le Concile Vatican II survient trop tard pour véritablement faire front à une modernité déjà en crise, lorsque des théologiens comme le Suisse Hans Küng entreprennent une relecture critique des bases de la foi. Le Magistère officiel de l’Eglise loin d’oser une confrontation positive se cramponne à une compréhension souvent rigide des choses (y compris en morale privée mais c’est une autre histoire). Le Pontificat de Jean-Paul II, sous la férule du cardinal Ratzinger (futur Benoît XVI), par ailleurs éminent théologien, marque un temps de conservatisme théologique et même de restauration. Moins sensible aux débats trop intellectuels, François, animé d’un souffle réformateur mais pas toujours cohérent avec ses propres inspirations, n’a pas véritablement contribué à repenser le christianisme, d’autant plus qu’il se heurte, à l’intérieur même du catholicisme, à des courants identitaires surtout chez les jeunes.
Notre conférence se veut plus modeste que cette perspective esquissée sur le long terme. Elle entend d’abord donner quelques repères afin d’y voir un peu plus clair en brièvement l’état de la question et la situation ecclésiale à la fin du XXe siècle. Elle souhaite mettre en valeur des figures de l’époque, très diverses et souvent opposées entre elles, osant poser avec audace des questions radicales. Ainsi en raison même de l’histoire du Cercle Renan j’évoquerai de façon un peu plus soutenue un Prosper Alfaric ou le Docteur Couchoud, tenants de la thèse mythistes, que je ne partage pas mais dont il faut saisir le ressort original. Nous rencontrerons des intellectuels aussi intéressants qu’Alfred Loisy, bien entendu, mais également Maude Petre (une femme), l’abbé Joseph Turmel, Marcel Hébert, Albert Houtin, l’Italien Ernesto Buonaiuti, le romancier Antonio Fogazzaro. Nous ne pouvons occulter les tentatives honnêtes d’autres catholiques d’offrir une réponse nuancée aux propositions avancées par les modernistes. Nous devons ainsi citer : Maurice Blondel, Lucien Laberthonnière, George Tyrell, Von Hûgel, Jean Guitton…
Dans le cadre bien entendu limité d’une simple conférence, il n’est pas possible de parvenir à une forme de conclusion définitive. Tant les défis sont parfois subtils et les positions complexes. Néanmoins, il nous semble loisible (sans jeu de mots avec Loisy), au-delà des aspects et des arguments ponctuels d’y deviner une crise épistémologique de fond engageant l’idée même de vérité, tandis que se dessine le passage du primat de la métaphysique et de l’objectif à une sensibilité accrue au sens et à la pertinence existentielle. Selon l’expression d’un théologien catholique lui-même. C’est alors « le christianisme au risque de l’interprétation » (Claude Geffré).
Bibliographie sélective :
ALFARIC Prosper, Jésus a-t-il existé?
BENOIST Alain de, Jésus sous l’oeil critique des historiens,
CHENU Marie-Dominique, Une école de théologie : le Saulchoir, Paris, 1937;
COLIN Pierre, L’audace et le soupçon : la crise du modernisme dans le catholicisme français (1893-1914),
DORE Joseph (Mgr), Peut-on vraiment rester catholique ?
FAU Guy, Mythisme et historicisme, 2 volumes;
GARDEIL Ambroise, Le donné révélé et la théologie,
GEFFRE Claude, Le christianisme au risque de l’interprétation,
GUITTON Jean, La pensée de Monsieur Loisy,
KUNG Hans, Pourquoi suis-je toujours chrétien,
LOISY Alfred, L’Evangile et l’Eglise,
LOISY Alfred, Religion et humanité,
MONTAGNES Bernard, Exégèse et obéissance,
POULAT Emile, Histoire, dogme et critique dans l
RATZINGER Joseph (cardinal), Foi chrétienne hier et aujourd’hui,
TRESMONTANT Claude, La crise moderniste,
VIRGOULAY René, Philosophie et théologie chez Maurice Blondel.
Flyer-cercle Renan-15 janvier 2026

Ce mouvement a t’il pu se fédérer , si « oui « comment ?
. Si non , comment ses idées novatrices (et révolutionnaires ), se sont elles infiltrées dans cette grande institution qu’est l’église catholique romaine ?.
et enfin y a t’il une des rapprochements entre les différents acteurs modernistes ?
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