le CER reçoit Madame Dominique Valbelle, égyptologue

Notre prochaine conférence  aura lieu le jeudi 23 septembre de 17 h 30 à 19 h 30 sur le thème :

Doukki Gel, le jujubier, ville sacrée des pharaons noirs ” 

par Madame Dominique Valbelle

Égyptologue, membre de la Société Française d’Égyptologie, professeure émérite de l’Université Paris IV-Sorbonne, ancienne directrice de l’Institut d’Égyptologie de l’Université de Lille III, et du Centre de Recherches Égyptologiques de la Sorbonne.

les personnes intéressées et non membres du Cercle Ernest Renan sont priées d’envoyer un  courriel à : ernest.renan91@gmail.com

En préambule à la conférence de Mme Dominique Valbelle sur le site archéologique de Kerma Doukki Gel au nord du Soudan, quelques repères historiques :

  1. Histoire de l’Égypte:

C’est Manéthon, prêtre égyptien sous la domination grecque (IIIe siècle avant J.C.), qui a classé les rois d’Égypte en trente dynasties en tentant de transcrire en grec leurs noms en hiéroglyphes.A partir de ce témoignage tardif et de quelques fragments de textes égyptiens antérieurs, les égyptologues ont rangé chronologiquement ces dynastiesà l’intérieur de grandes périodes dont voici les principales:

  • La Période Thinite(Ire et IIe dynasties, vers 3150-2700 av. J.C.) : apparition de l’état en Égypte
  • L’Ancien Empire(IIIe à VIe dynasties,vers 2700-2200 av. J.C.) C’est le temps des grandes pyramides. Elle s’achève par une période de fragmentation politique, la Première Période Intermédiaire (VIIe à XIe dynasties, vers 2200-2030). 
  • Le Moyen Empire(XIIe à XVIIe dynasties, vers 2030-1670 J.C.) : Une longue période de prospérité qui se termina par l’occupation de la Basse Égypte pendant une centaine d’années par les Hyksos, des envahisseurs étrangers venus du Moyen Orient.Cette période d’occupation du Nord est appelée la Deuxième période intermédiaire (DPI) par les égyptologues (vers 1670-1550 av. J.C.). Elle est caractérisée par le partage du pays en deux blocs : le royaume d’Avaris au nord (occupants Amorites mêlés de Hourrites),et au sud le fragile royaume de Thèbes.Cette période charnière est encore mal élucidée, bien que d’une importance capitale dans l’évolution de la civilisation égyptienne.L’expulsion des occupants étrangers de la Basse-Égypte par les Thébains permit la réunification du pays et déboucha sur le Nouvel Empire.
  • Le Nouvel Empire(XVIIIe à XXe dynasties, vers 1550-1099 J.C.)

Nouvelles lignées de pharaons guerriers et impérialistes (Thoutmosides et Ramessides) qui par leurs conquêtes apportèrent de grandes richesses à l’Égypte.Mais plus de pyramides, les pharaons sont enterrés dans des hypogées à l’ouest de Thèbes (Karnak, Vallée des rois).

  • La Troisième Période Intermédiaire (XXIe à XXVe dynasties, 1099-664 av. J.C.). L’Égypte est dominée par des dynasties issues de peuplades libyennes installées dans le delta du Nil eten Moyenne-Égypte notamment, tandis que la Haute-Égypteglisse peu à peu de l’emprise des prêtres d’Amon à l’influence de plus en plus importante des rois de Napata (Nord Soudan).Les rois nubiens de Napata (royaume de Koush) furent de grands souverains, dont Piankhy qui vers 730 av. J.C. s’empara de l’Égypte et fonda la XXVe dynastie dite « des pharaons noirs »”.
  • La Basse Époque(XXVIe à XXXIe dynasties, 664-332 av. J.C.)
    Alternance de pharaons égyptiens et achéménides, conquérants venus de Perse qui seront chassés par Alexandre le Grand.
  • L’Égypte Gréco-Romaine(332 av. J.C.-640 après J.C.): Conquête de l’Egypte par Alexandre le Grand en 331av. J.C)  Dynastie des Ptolémées (Période lagide 323 av. J.C. -30 après. J.-C)· Période romaine (30-395 après J.C.) · Période byzantine (395-640 après J.C.).
  • La conquête arabe: En 639, une armée de 4000 hommes environ, commandés par Amr ibn al-As, entre en Égypte à partir du sud de la Palestine. En janvier 640, c’est la prise de Péluse. Les Arabes remontent la rive orientale du Nil et remportent en juillet 640 une victoire contre les Byzantins à Héliopolis.

2 La Nubie soudanaise, ennemi héréditaire de l’Égypte

La Nubie(actuel Nord soudan) est appelée Koush dans la Bible (Gash en hiéroglyphes) et Éthiopie par les auteurs grecs et romains. Dès l’Ancien Empire, les Égyptiens avaient dû faire face à des attaques récurrentes de leurs belliqueux voisins du sud (qu’ils appelaient « les vils Koushites »). Au Moyen Empire les pharaons de la XIIe dynastie construisirent de puissantes forteresses entre la 1re et la 3e cataractes du Nil pour empêcher les Nubiens de progresser jusqu’à la frontière sud de l’Égypte (Assouan).

Le royaume de Kerma(2450-1504 av. J.C.)

Pendant neuf siècles, le puissant royaume de Kerma fut la première civilisation au sud de la Première Cataracte du Nil à unir les différentes régions du Nord Soudan. La cité de Kerma était une vaste agglomération proche de la 3e cataracte, caractérisée par le style africain de ses constructions, temples et palais, de forme circulaire ou ovale.

Mais au début du Nouvel Empire(vers1504 av. J.C.), le pharaon Thoutmosis Ier de la 18e dynastie investit la capitale royale des Koushites, actuellement Kerma-Doukki Gel, et tua le roi nubien dont il ramena la dépouillejusqu’à Thèbes, pendue à la proue de son navire.A partir de ce jour toute la Nubie tomba sous la domination de l’Égypte. Durant tout le Nouvel Empire, le royaume de Kerma devint une province-clé de l’empire égyptien.Après la conquête, les Égyptiens construisirent de nombreux temples et palais à Kerma. La culture de Kerma fut de plus en plus « égyptianisée », mais les rébellions se poursuivirent pendant 220 ans (jusqu’à environ -1300 av. J.C.).

Le royaume de Napata (750-593 av. J.C.)

Les Nubiens retrouvèrent peu à peu leurindépendance vis-à-vis de l’Égypte au cours de la Troisième Période intermédiaire (1085-750 av. J.C.) où le pouvoir de Thèbes s’était affaibli. Se constitua alors dans le bassin du Nil moyen un « empire koushite » qui allait perdurer durant quelque mille ans, avec comme capitale Napata proche de la 4e cataracte du Nil. Les rois nubiens de Napatafurent de grands souverains, dontPiankhy qui vers 730 av. J.C.s’empara de l’Égypte jusqu’à Thèbes et fonda la 25e dynastie dite « des pharaons noirs »”. Le pharaon nubien Taharqa régna pendant 26 ans sur un territoire qui s’étendait depuis Khartoum au Soudan jusqu’au nord de l’actuelle Syrie. Cette occupation de l’Égypte ne dura qu’un siècle, car en 660, le roi des Assyriens, Assurbanipal, chassa les Nubiens de l’Égypte.Après avoir quitté l’Égypte, les rois koushites continuèrent de régner sur la Nubie depuis leur capitale Napata jusqu’en 593 av. J.C. En Egypte, Assurbanipalcouronna un potentat du Delta, Psammétique Ier, roi de Saïs, et surtout de Memphis (26e dynastie).

 

Le royaume de Méroé (591 av. J.C.– 340 après J.C.)

En 593 av. J.C. le pharaon Psammétique II ayant été informé d’une nouvelle attaque imminente des Koushites sur sa frontière sud lança une grande campagne militaire pour éradiquer définitivement la menace koushite. Les Nubiens furent vaincus et Aspelta, dernier roi de Napata, transférasa capitale à Méroé, ancienne capitale provinciale 250km plus au sud,qui devint désormais le centre d’une civilisationautochtone prospère, libérée de l’influence égyptienne. On assiste à la création d’une écriture nouvelle à partir du 2e siècle avant J.-C. : elle comporte vingt-trois caractères et se présente sous deux formes : l’une hiéroglyphique, réservée à l’usage liturgique et royal, l’autre, cursive, dérivant du démotique égyptien et utilisée couramment.La langue qu’elle transcrit n’est toujours pas traduite faute d’un nombre suffisant d’inscriptions.

Périodes grecque et romaine :Le royaume de Méroé, véritable jonction entre l’Afrique méditerranéenne et l’Afrique subsaharienne, entretient des contacts réguliers avec les souverains d’Alexandrie.La conquête de l’Égypte par les Romains marque un nouveau tournant dans les relations entre Méroé et la Méditerranée. En 26 av. J.C. les Méroïtes envahissent et pillent Philae et Assouan. La réaction romaine ne se fait pas attendre. En 25 av. J.C. le préfet d’Égypte, Caius Petronius lève une armée pour contrer les Méroïtes.La machine de guerre romaine, mieux armée et mieux organisée écrase les Nubiens. Un traité de paix est signé en 21av. J.-C entre les émissaires méroïtiques et l’empereur romain Auguste sur l’île grecque de Samos. Mais vers 340 après J.C., Ezana, le roi des Ethiopiens d’Aksoum, affirme sur deux stèles qu’il a combattu victorieusement les Noba (Nubiens), traversant l’ancien territoire des Kasou (Koushites). On en a conclu qu’à cette époque, le royaume de Méroé avait succombé sous les coups des Éthiopiens.

 

Site de la mission Bonnet-Valbelle à Kerma- Doukki Gel :

http://kerma-doukkigel.ch/la-mission/

 

Conférence de rentrée septembre 2021 avec Eric Fabri

Notre prochaine visioconférence aura lieu le jeudi 9 septembre 2021 à 18 h avec pour thème :

«De l’hétéronomie à l’autonomie : le rôle du religieux  »

par Eric Fabri

Attention : Cette vidéoconférence commencera à 18 h au lieu de 17 h 30 habituellement.

les personnes non adhérentes au CER et désirant assister à cette conférence sont priées d’envoyer un courriel à : Cercle Ernest Renan [ernest.renan91@gmail.com]

L’autonomie, comprise comme retour critique de la réflexion sur l’origine du sens qui tranche à l’absence d’un fondement transcendantal de la signification, est d’abord grec, puis moderne (contre l’emprise des significations imaginaires chrétiennes, et les hiérarchies médiévales). Je crois que l’auteur qui affirme cela avec le plus de force et d’arguments historiques est certainement Castoriadis. Pour lire cet auteur, cela va vous sembler bizarre, mais je ne recommande pas d’attaquer par le maître ouvrage “L’institution imaginaire de la société” (ou alors à partir de la seconde partie, car la première est une longue discussion du marxisme) mais je recommande plutôt les séminaires “Ce qui fait la Grèce” publiés au Seuil ou “sujet et vérité dans le monde social-historique”. Dans les premiers, Castoriadis examine avec ses étudiants, dans une langue très accessible car il s’agit de transcriptions, les spécificités de la pensée grecque qui permettent l’émergence de l’autonomie et la rupture de la clôture du sens. “Sujet et vérité” présente un bon aperçu des principales thèses de Castoriadis, au-delà de la Grèce antique.

le Cercle Ernest Renan reçoit Bernard Rio

En visio-conférence jeudi 20 mai à 17h30  sur le thème :

“les substrats mythologiques et les dévotions populaires »

Substrats mythologiques et dévotions populaires

Les dévotions populaires ne peuvent être appréhendées en les coupant de leur matrice géographique, d’un calendrier et d’une mémoire. Il serait aussi hasardeux de distinguer les rites religieux sacrée d’un temps fondateur. Si l’art roman ne peut être dissocié des croisades et dela geste courtoise, il en va de même pour les « pardons bretons » qui s’inscrivent à la fois dans une protohistoire celtique et dans une histoire qui vit les Bretons insulaires affluer en Bretagne armoricaine, entre le IVe et le VIIIe siècle.

L’allumage d’un bucher, les ablutions aux fontaines, la triple circumambulation autour du sanctuaire, le salut des bannières illustrent par exemple la consécration du lieu par les quatre élémentaires : le feu, l’eau, la terre et l’air. Le sens dextrogyre de cette procession est connu dans les récits mythologiques irlandais. Le culte des saints et des reliques illustrent également une permanence cultuelle dans les lieux et dans les rituels. Tel est le cas de saint Taran, protecteur de la foudre et avatar du dieu gaulois Taranis, de saint Yves de Vérité, continuateur du dieu Ogmios, ou de saint Diboan surnommé en breton Tu-Pe-Tu, littéralement « d’un côté ou de l’autre », qui reprend les qualités et qualifications du dieu Sucellos dans l’invocation « à la vie, à la mort ». Ce qui est avéré pour les saints primitifs de Bretagne l’est également pour sainte Catherine, sainte Barbe, saint Eloi ou saint Sébastien dont la légende dorée puise aux sources de la mythologie.

Il importe de distinguer la religion de l’église, la dévotion populaire du dogme. « Certains souvenirs ont pu atteindre notre temps par la tradition orale parce qu’ils étaient gravés au fond du cœur » écrivait Fortunat au VIe siècle (Fortunat, Vita sanctiMarcelli, 8-9, Monumenta Germaniae Historica, Auctoresantiqiuissimi. IV, 2, P 50).

Ces croyances populaires participent d’un continuum religieux qu’il serait vain de nier : la chapelle Saint-Michel à Carnac domine un grand cairn mégalithique, la chapelle des Sept-Saints à Vieux-Marché est bâtie sur un dolmen qui sert de crypte, l’autel de la chapelle Saint-Maurice à Saint-Guyomard est érigé au-dessus d’un dolmen dont la pierre ressort du chevet et où les fidèles viennent soigner leurs maux de dos, etc. La multitude de dédicaces mariales des sanctuaires en Bretagne et en France est révélatrice d’un infléchissement du christianisme primitif, de son adaptation au fil du temps et de l’assimilation du culte des matres gauloises.

Les croyances populaires doivent ainsi être pensées comme un ensemble cohérent où rien n’est coïncidence, où tout est correspondance.

Bernard Rio

Bibliographie sommaire

« Le cul bénit, amour sacré et passions profanes », éditions Coop Breizh, 2013 (4e édition mise à jour 2019)

« Voyage dans l’au-delà, les Bretons et la mort », éditions Ouest-France, 2013

« Le livre des saints bretons », éditions Ouest-France, 2016

« Sur les chemins des pardons et pèlerinages de Bretagne », éditions Ouest-France, 2019

« 1200 lieux de légende en Bretagne », éditions Coop Breizh, 2019

« Marcher », éditions Muséo 2021.

Bernard Rio est également l’auteur de quatre romans :  « Un dieu sauvage » éditions Coop Breizh (2020), « Les masques irlandais » éditions Balland (2018), « Le voiyage de Mortulmer » éditions Balland (2017) et « Vagabond de la belle étoile » L’Age d’Homme (2005)

http://bernardrio.hautetfort.com

le Cercle Ernest Renan reçoit Sophie Wahnich

Notre prochaine visioconférence aura lieu le mardi 4 mai 2021 à 17 h 30 avec pour thème :   « Le culte de la Raison et le culte de l’Etre suprême sous la Révolution française »  par Sophie Wahnich

Sophie Wahnich est une historienne française. Elle est directrice de recherche au CNRS et spécialiste de la Révolution française. Agrégée (1988)1 et docteur en histoire (1994)2, habilitée à diriger des recherches (20073), elle est directrice de recherche au CNRS directrice de l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (IIAC) 4. Son travail porte sur la Révolution française5 et le temps présent6. Sa thèse avait pour sujet la notion d’étranger dans le discours de la Révolution française, son HDR s’intitulait, Histoire des émotions et présents de l’histoire, une approche politique et anthropologique du sensible en politique.