Résumé de la conférence de Bernard Piettre au Cercle Ernest Renan le 8 septembre 2020 — Faits et valeurs de Protagoras à Wittgenstein

Distinction entre faits et valeurs

La distinction entre faits et valeurs est une notion récente, devenue fondamentale dans la philosophie contemporaine.

Cette distinction est liée au courant philosophique positiviste qui défend l’idée que seule la science énonce des vérités objectives qui se rapportent à des faits constatables.

A l’inverse de la science, la métaphysique produit des énoncés qui ne sont pas, le plus souvent, vérifiables expérimentalement.

Ainsi, Auguste Comte et le Cercle de Vienne, qui réunissait des penseurs éminents dans les années 20-30, étaient animés par la conviction que la métaphysique était définitivement morte depuis les progrès de la logique.

Influencés par le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein, élève de Russell, l’idée développée était qu’il devrait être possible de développer « une conception scientifique du monde », débarrassée de la métaphysique.

Selon le Cercle de Vienne (suivant en cela Wittgenstein), pour que des énoncés soient valides, c’est-à-dire qu’on puisse dire s’ils sont vrais ou faux, il faut qu’ils remplissent deux conditions.

  • Il faut qu’ils soient syntaxiquement corrects, c’est-à-dire formellement et logiquement irréprochables. Or l’emploi de la langue naturelle par le philosophe et le métaphysicien dans l’enchaînement des propositions peut masquer des imperfections syntaxiques. Les mathématiques, elles, constituent le langage de la physique et ne présentent pas ces imperfections.
  • Il faut qu’ils se rapportent à des faits, qu’ils se prêtent à une vérification expérimentale. Là aussi, les mots de la langue naturelle peuvent prêter à confusion, au point qu’on ne sait pas précisément à quoi ils se rapportent. Un concept en physique (comme celui de force, de masse) se rapporte à des faits précis (quantifiables, mesurables…).

La plupart des énoncés en philosophie n’ont pas de sens, dans la mesure où l’on ne peut dire ni s’ils sont vrais ni s’ils sont faux ; ils ne sont pas vérifiables.

Reste la question des valeurs, des valeurs esthétiques, des valeurs morales. Selon les adeptes du Cercle de Vienne, elles relèvent de ce qu’ils appellent « le sentiment de la vie », qui trouve son expression dans l’art, ou alors dans des conduites ou des manières d’être.

Quand il s’agit d’apprécier le bien, le beau, de déprécier le mal ou le laid, nous sommes dans le domaine de la subjectivité, étranger à celui de la vérité objective.

Ainsi, les faits sont l’objet d’une connaissance objective, les valeurs, elles, d’une appréciation subjective – laquelle peut ne pas être simplement individuelle mais collective.

Cette distinction entre faits et valeurs implique qu’aucune vérité n’est possible dans le domaine esthétique ou dans le domaine moral. Qu’il n’y aurait de vérité que scientifique.

La métaphysique traditionnelle avance un discours qui, tout en se présentant comme le plus rigoureux possible, en prenant par exemple pour modèle les mathématiques, défend en réalité des valeurs. Le meilleur exemple, c’est celui de la philosophie de Leibniz qui a cherché à démontrer que le monde a une valeur optimale en le déduisant d’un calcul logique divin. Leibniz nous offre l’exemple type d’une métaphysique anthropocentriste qui consiste à « désirer que le cours du monde coïncide avec le cours de nos désirs. »

Affirmer que la terre tourne va à l’encontre de l’expérience immédiate, puisque nous ne la voyons, ni la sentons tourner. De même, nous ne voyons pas tomber tous les corps de poids différents à la même vitesse dans le vide. Deux exemples simples, inspirés par les découvertes de Galilée, montrent que l’expérience scientifique n’est jamais que l’expérimentation d’une idée, d’une hypothèse théorique.

Dire qu’un fait est établi à partir d’interprétations ou d’hypothèses théoriques ne retire rien à la validité et à la légitimité de la notion de fait.

Le terme de « valeur », quant à lui, apparaît qu’au XIXe siècle. Par exemple chez Nietzsche quand il entreprend une évaluation des valeurs (des valeurs morales admises, des valeurs chrétiennes, par exemple).

  • Un jugement de réalité est de nature descriptive et prétend énoncer ce qui est. Il est donc vrai s’il est conforme à ce qui est, c’est-à-dire vérifié par les faits, et faux s’il n’est pas conforme à ce qui est, et qu’il est infirmé par les faits.
  • Le jugement de valeur évalue une chose, un acte, une œuvre… en se référant non à des faits mais à des normes esthétiques, éthiques, voire religieuses.

Lorsque l’on dit « cette actrice est très belle », ou « ce jeune homme est très beau », ou encore « ce film est remarquable », « cette cathédrale est magnifique », nous affirmons un ressenti en établissant implicitement une hiérarchie. Bref, nous nous référons à des normes culturelles esthétiques. Ce qu’on vérifie tout au plus c’est éventuellement un accord de fait entre les sujets qui émettent des jugements esthétiques semblables. Mais la beauté comme telle n’est pas un fait descriptible, c’est une appréciation, une évaluation normative.

Prenons maintenant un jugement moral. Lorsque je condamne une action, je le fais en fonction de normes communément admises dans la société. Or le bien et le mal ne sont pas des faits. Si je vois un homme en tuer un autre, je constate un fait. Si je réprouve ce fait, cela m’est indiqué par une norme que j’ai assimilée. Mais d’un fait, je ne peux tirer aucune norme.

La morale est affaire de sentiment, de sentiment partageable, voire d’universellement partageable, pour Hume, mais non une affaire de raison.  S’en tenir à des faits, relève de la raison ; apprécier ou déprécier une conduite, un individu (lui accorder ou non une valeur) relève de la sensibilité.

Ainsi, le caractère conventionnel des valeurs s’oppose aux lois de la nature.

Les normes sont des conventions humaines. On voit bien que si on considère la nature, il n’est ni bien ni mal que le loup tue l’agneau. De même si on considère un événement naturel comme un tremblement de terre qui détruit une ville entière, il n’est ni bon ni mauvais en lui-même. Il n’est mauvais que relativement aux désirs des hommes

Il convient ainsi de distinguer clairement entre des lois naturelles (des lois de la nature) et des lois normatives, comme le rappelle Karl Popper dans le chapitre « nature et convention » dans La société ouverte et ses ennemis.

L’approche de Protagoras

La distinction entre loi naturelle et loi normative apparaît déjà dans l’Antiquité, chez les Sophistes et chez Protagoras.

  • Une loi de la nature établit une nécessité. Plus précisément une loi physique établit un rapport constant et nécessaire entre des grandeurs mesurables. Cette constance et cette nécessité constituent un fait.
  • Une loi normative n’établit aucune nécessité, elle impose des obligations. Autant on ne peut déroger à la nécessité d’une loi naturelle, autant on peut être libre de ne pas remplir ces obligations. Les normes qui régissent la vie en société sont humaines, et donc conventionnelles.

Pour Protagoras, ce qui est juste ou injuste dans une cité relève de conventions ; et les conventions sont variables selon les cités.

Les normes de justice, de beauté sont humaines ; elles ne sont pas données par la nature ou un Dieu. Quant aux mathématiques, qui sont censées justement imposer des vérités, lesquelles ne sont pas l’œuvre d’opinions relatives, elles seraient aussi le produit de conventions, selon Protagoras.

Protagoras appartient à une époque où la science grecque est encore balbutiante, et où l’on pense que les physiciens, plus exactement les savants Présocratiques développaient des théories contradictoires.

Pour Protagoras, ce qui doit être c’est ce que les faits finalement révèlent.

Platon prend le contrepied de Protagoras en affirmant que Dieu est la mesure de toutes choses, la mesure de ce qui est et de ce qui n’est pas. Pour Platon il existe des idéalités, qui ont un statut divin, des réalités idéales, qu’on appelle Idées, avec un grand I. Pour Platon il existe une Justice dans l’absolu, une Beauté dans l’absolu ou une Unité, dans l’absolu sans laquelle il est impossible de faire des mathématiques.

Socrate, dans le dialogue avec Protagoras, fait apparaître une tension entre ce qui est juste et ce qui est utile. La notion de justice apparaît comme ayant une valeur absolue ; peut-on commettre une injustice – concrètement désobéir à la loi – et faire quelque chose de bon, c’est-à-dire d’utile ?

Protagoras est gêné par la question, mais il privilégie son pragmatisme, parfaitement relié à son relativisme

L’approche de Wittgenstein

Wittgenstein tente de distinguer le bien, au sens relatif du terme, et le bien au sens absolu du terme.

Est-il vrai que des valeurs, des normes peuvent être validées, justifiées par les faits ou dans les faits ? Wittgenstein va aider à répondre à cette question.

On peut vérifier, dans les faits, qu’un pianiste est un bon pianiste, que la route pour aller à tel endroit précis (pour aller à Granchester) est bien la route qu’il faut prendre (que c’est la « bonne » route), qu’un coureur est un bon coureur (il suffit de mesurer le rapport entre le temps de sa course et la distance qu’il a parcourue)

Wittgenstein ne dit rien de plus que ce que dit Hume : du constat d’un fait, je ne peux tirer aucun jugement de valeur.  Je peux, au regard des faits, évaluer ce qui est utile et avantageux, nuisible ou désavantageux. Mais je ne peux évaluer un meurtre à l’aune de son utilité éventuelle. Si je tue une vieille personne pour lui soutirer son argent, et que j’y trouve un avantage, cela provoque bien une indignation morale. Or qu’est-ce qui la justifie ? Rien, dans les faits, rien en particulier au regard des critères empiriques de l’utilité.

Wittgenstein le dit à sa manière, en prenant en compte ce que le langage peut dire de sensé et de vérifiable dans les faits. Autant un jugement de valeur relative est sensé, je peux le ramener à un jugement de réalité, autant un jugement de valeur absolu a quelque chose d’insensé.

Il existe une différence entre un jugement de valeur relative et un jugement de valeur absolue. Reprenons l’exemple de la route correcte pour aller à Granchester, pour aller d’un endroit précis à un autre. La route correcte est celle qui prendra le moins de temps pour aller à Granchester, on peut le vérifier dans les faits

Puis il prend l’exemple de la culpabilité. Je me sens coupable du péché – dans l’absolu – et non de quelque faute précise dans les faits. Wittgenstein avait reçu une éducation très chrétienne…

Conclusion

Protagoras, sous-estimé au regard de la tradition philosophique, et Wittgenstein caractérisent deux pôles de la philosophie de l’éthique ou de la morale :  un pôle que l’on peut qualifier d’utilitariste, et un autre que l’on pourrait qualifier de déontologique (déon = ce qui doit être, en grec)

  • D’un côté, on a une vision utilitariste et pragmatique, que Protagoras émet avec un esprit tout à fait conséquent. C’est celle qu’ont défendue Jeremy Bentham et Stuart Mill (fin XVIIIe et début XIXe), ou encore des philosophes américains comme William James, Dewey ou Rorty – vision tout à fait respectable, mais qui rencontre des limites.
  • De l’autre, une vision déontologique, où l’idée de devoir transcende les intérêts particuliers – comme le développe Kant par exemple.

 

Il existe une opposition entre le bien selon Protagoras auquel il donne une valeur relative, et la justice, auquel Socrate donne une valeur absolue.

Mais Platon pense qu’une vie juste est plus heureuse qu’une vie injuste, et il développe dans le Gorgias le paradoxe selon lequel celui qui subit une injustice est malheureux, certes, mais il l’est moins que celui qui commet l’injustice. La cité idéale telle que Platon la présente dans la République permettrait à ses membres de connaître le maximum de bonheur. Bentham n’en est pas si loin.

Wittgenstein est beaucoup plus proche de Kant que de Platon, au sens où le devoir moral, l’obéissance à la morale, est indépendant de la recherche de son bonheur, et de la poursuite de tout intérêt empiriquement constatable.

Le registre du langage de l’éthique est religieux, en dernière instance, c’est ce que montre de manière rigoureuse Wittgenstein, en étudiant des expressions du langage courant.

Loin qu’on puisse finalement ramener des valeurs à des faits, du moins si on a affaire à des valeurs éthiques, l’opposition entre faits et valeur se justifie, non seulement du point de vue d’une rigueur philosophique logico-empirique, mais encore et surtout d’un point de vue éthique.

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le texte complet de la conférence se trouve dans la partie réservée aux membres du Cercle. Elle peut cependant être envoyée sur demande à l’adresse courriel du cercle : ernest.renan91@gmail.com

Le Cercle Ernest Renan reçoit Vincent Genin

La prochaine conférence du Cercle Renan aura lieu  

Jeudi 22 septembre 2022 de 18h à 19h30

 Sur le thème « La Laïcité comme valeur. Une religion civile en France depuis le XIXème  siècle. »

Par Monsieur Vincent Genin

  • Projet en cours, EPHE, PSL (Sciences religieuses), dir. Valentine Zuber : La Laïcité, un objet de science (1960-2015) – 2020 – …
  • Diplôme post-doctoral soutenu à l’EPHE, PSL (Sciences religieuses) : L’Éthique protestante de Max Weber et sa réception chez les historiens français. Obstacle à la transmission d’un savoir (1905-années 1980) : Weber es-tu là ? Un rendez-vous manqué des historiens français (179 p.), 26 juin 2020. Obtenu sans mention (en vertu de la loi), avec les félicitations du jury.

 

Le Cercle Ernest Renan reçoit le professeur Bernard Piettre

le jeudi 8 septembre à 18h

sur le thème : Faits et valeurs, de Protagoras à Wittgenstein

La distinction faits/valeurs est devenue classique dans la philosophie contemporaine, en particulier dans sa mouvance positiviste (dans le cercle de Vienne, chez Karl Popper…); c’est Hume qui le premier établit clairement cette distinction, les faits renvoyant à ce qui est, et les valeurs à ce qui doit être, et de ce qui est on ne peut déduire ce qui doit être. Les sciences de la nature établissant des lois dont la validité est vérifiable dans les faits ne m’enseigne rien quant aux fins de ma conduite.

Cette distinction n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Et nous nous appuierons sur Wittgenstein, en particulier sur sa Conférence sur l’Ethique (publiée en français dans “Leçons et Conversations” (Gallimard 1992)), pour approfondir notre réflexion sur cette distinction.  Car il est possible, dans une certaine mesure, de vérifier la bonté des choses ou des conduites dans les faits, et telle est au fond la thèse des utilitaristes et des pragmatiques, thèse qui était déjà celle de Protagoras dans l’Antiquité. D’autre part si nous cherchons à établir des faits, c’est qu’ils ont une certaine valeur au regard du scientifque (que ce soit dans les sciences de la nature ou les sciences humaines, et par exemple en histoire), et en réalité, selon (le second) Wittgenstein, il n’y a pas de fait premier sur lequel on puisse fonder un discours de vérité.

Les personnes intéressées et non membres du Cercle sont priées d’envoyer un courriel à Cercle Ernest Renan [ernest.renan91@gmail.com]

 

Le Cercle Ernest Renan reçoit Bernard Godard

le jeudi 30 juin 2022 de 18 h à 20 h 00

le CER reçoit

Bernard Godard

chercheur associé au CeSor (centre d’études en sciences sociales des religions) et ancien chargé de mission au bureau des cultes du Ministère de l’intérieur
spécialiste de l’islam en France

sur le thème

« Ernest Renan et Djamal eddine Al Afghani ont eu des échanges assez “rudes” sur l’islam à la fin du 19e  siècle á une époque où le concept d’islamophobie n’existait pas. Pour cette raison, il est utile de revenir sur ces échanges pour voir quelle est leur actualité en 2022.  »

les personnes intéressées sont priées d’envoyer un courriel à :

Cercle Ernest Renan [ernest.renan91@gmail.com]

L’implantation de la religion musulmane en France est une réalité qui rend le débat sur sa nature exogène ou endogène un peu dépassé. La lancinante question de son incongruité apparente dans le paysage religieux hexagonal est surtout posée par les nostalgiques d’un certain gallicanisme ou encore par les frileux gardiens d’une laïcité ombrageuse. Plus de la moitié des musulmans de France est de nationalité française, dont une partie non négligeable est née en France. Les multiples tentatives qui, depuis plus de dix-huit ans, ont cherché à institutionnaliser un certain islam de France finissent, péniblement, à connaître une certaine réussite.

Cette réalité de l’islam en France/islam de France est celle d’un kaléidoscope d’origines nationales, régionales ou d’affiliations à des courants conservateurs, spiritualistes, idéologiques, modernistes ou tout simplement traditionnels. L’islam en France n’est pas si éloigné d’une configuration similaire à celle d’autres religions, en particulier dans le rapport à la foi de ses adeptes. Son originalité réside, par rapport aux religions traditionnellement établies en la quasi-impossibilité de lui trouver un magistère bien défini ou encore, en raison de son implantation récente, dans son « frottement » un peu vif parfois avec les exigences d’une laïcité rigoureuse. C’est tout cela que nous allons tenter d’aborder ensemble.

BERNARD GODARD

Parcours
Bernard Godard est titulaire d’une licence de sociologie, à l’université de Toulouse-Mirail (1973). Il est également titulaire d’un diplôme bilingue (arabe-persan) de langues et civilisations orientales – Institut national de langues et civilisations orientales.

Après vingt années passées à la Préfecture de Police de Paris (1977 – 1997), comme Fonctionnaire, Bernard Godard rejoint le cabinet des ministres Jean-Pierre Chevènement puis Daniel Vaillant, chargé de l’islam. Il participe dans ce cadre à la conception et fondation du Conseil Français du culte Musulman (CFCM) et du futur Institut d’études des sociétés méditerranéennes et musulmanes.

Parallèlement, il collabore à la conception et l’animation de formations sur l’islam et le monde arabo-musulman  à l’Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure (IHESI)

Bernard Godard entre en 2006 au bureau central des cultes du Ministère de l’intérieur, comme chargé de mission, en charge du suivi de l’islam. Il participe notamment à la conception des statuts du CFCM et la mise en place des processus électoraux d’avril 2003 et de juin 2005.

Bibliographie

Il a écrit plusieurs publications et contributions sur le monde arabe et l’islam de France, sous le pseudonyme d’Hervé Terrel et publié un ouvrage : Les Musulmans en France (en collaboration avec Sylvie Taussig) – Editions Robert Laffont 1997. en 2015 il a publié :

La Question musulmane en France

 

 

Le Cercle Ernest Renan reçoit Marika Moisseeff

La prochaine conférence du Cercle Renan aura lieu

le jeudi 23 juin 2022 de 18 h à 20 h

sur le thème :

« Le mort, ses proches et les autres : une perspective culturelle comparative »

par 

Marika Moisseeff

les personnes intéressées sont priées d’envoyer un courriel à ernest.renan91@gmail.com

 

Marika Moisseeff est ethnologue et psychiatre pour adultes et enfants, chercheur au CNRS membre du Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France. Ses travaux anthropologiques sont consacrés à l’étude culturelle comparative des représentations du sexe et de la procréation dans les sociétés occidentales contemporaine et dans d’autres contextes culturels, notamment celui des Aborigènes australiens où elle a effectué un travail de terrain de plusieurs années en tant que Visiting Research Fellow à l’Australian Institute of Aboriginal and Torres Strait Islander Studies. Cette perspective l’a conduit à travailler sur les rites d’initiation, les objets cultuels utilisés dans les rites de fertilité et, plus récemment, sur la science-fiction en tant que mythologie occidentale contemporaine.

Si loin, si proche - Quand le mort saisit encore le vif

Dans ce livre, il s’agira de restituer au cadavre la place singulière qui lui est réservée, de tout temps et en tout lieu, en raison de la puissance qui s’en dégage et qui permet de l’ériger en véritable objet de culte .

Marika Moisseeff, psychiatre et ethnologue, est chercheur au CNRS rattaché au Laboratoire d’anthropologie sociale (Collège de France/ EHESS/CNRS-Université de recherche PSL). Elle participe à la formation des thérapeutes, des travailleurs sociaux et du personnel médical, notamment à Paris 8, et est responsable avec Michael Houseman de l’atelier mensuel Nouvelles formes de médiation relationnelle à La Sorbonne. Ses recherches portent sur les processus de constitution des identités, personnelles et collectives, et l’articulation des problématiques de genre avec les représentations de l’altérité culturelle. Elles se fondent sur un travail de terrain au long cours dans une communauté aborigène du Sud de l’Australie, et sur une approche comparative des représentations de la différence des sexes et de la procréation. En l’amenant à appréhender la culture occidentale contemporaine à partir du regard éloigné de l’ethnologue, ses travaux lui ont permis de proposer de considérer la science-fiction comme la mythologie de cette aire culturelle et l’institution médicale comme une institution religieuse laïque à laquelle revient la gestion des corps vivants et morts. Elle a publié deux livres, Un long chemin semé d’objets cultuels : le cycle initiatique aranda (EHESS, Coll. Cahiers de l’Homme, 1995) et An Aboriginal Village in South Australia (Aboriginal Studies Press, 1999), ainsi que de très nombreux art